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 l'individualisme a supplanté la solidarité

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Jeremy
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Nombre de messages : 522
Date d'inscription : 16/05/2005

MessageSujet: l'individualisme a supplanté la solidarité   Ven 29 Juin - 19:06

ENTRETIEN.--Sous couvert d'adaptation, l'individualisme a supplanté la solidarité. La gauche qui n'a rien vu venir est désorientée

Culte de l'individu, pathologie sociale
:Propos recueillis par Hélène Rouquette-Valeins



Jacques Généreux « La gauche a perdu la bataille des idées face aux tenants d'une société généralisée de compétition »
PHOTO DR

Sud Ouest.
Dans votre dernier livre, vous estimez qu'un des risques majeurs qui menace les sociétés occidentales est une maladie dégénérative qui, en dressant les individus les uns contre les autres, détruit le désir de vivre ensemble. D'où vient ce diagnostic ?
Jacques Généreux
J'ai commencé ce livre il y a huit ans. Ce qui m'a mis sur la piste de la pathologie, c'est de constater le paradoxe de nos sociétés de pays riches qui ont tous les moyens pour réguler leurs dysfonctionnements et pourtant ne parviennent pas à canaliser la violence, à empêcher les casses sociales ni à chasser les idées nauséabondes qui sont en train de remonter. Nous sommes bien confrontés à une maladie de la société, qui affecte aussi bien le corps social que les individus.
Un autre élément m'a conduit à poursuivre cette approche clinique : c'est la contradiction entre le mal-être traduit par la montée des protestations, le développement du stress, des maladies psychosomatiques et l'absence de traduction dans une résistance réelle ou un militantisme pour faire naître d'autres types de société, d'autres options, d'autres ouvertures vers plus de liberté et de démocratie.
Les sociétés économiques actuelles ne peuvent fonctionner qu'avec la collaboration de tous. Elles ont besoin d'une implication volontaire des individus qui gardent la possibilité tous les quatre ou cinq ans de changer la donne par le vote.

Est-ce que cette maladie atteint tout le monde de la même façon ?
Oui, dans la mesure où elle atteint en premier lieu notre culture commune. Elle remet en cause notre vision de ce qu'est un être humain. Le culte de l'individu, de la performance est en fait un comportement pathologique. Tous les grands courants de pensée contemporains ont un creuset commun : une culture individualiste et productiviste. Quand cette culture est source de stress, l'individu développe un mécanisme d'autodéfense, il invente des stratégies, développe des résistances, va même jusqu'à la résilience.
Mais s'il ne peut pas résister tout seul, il peut chercher à exprimer une réaction collective. Le fonctionnement politique est là pour ça, le vote aussi.

Pourtant, les individus n'ont pas l'air de croire en une politique qui changerait leur vie ?
L'outil d'action collective est cassé. Il ne permet plus la représentation collective. Depuis trente ans, l'offre politique n'a pas varié. La gauche n'a pas su proposer sa conception du progrès et a validé le modèle proposé. Elle n'a pas su incarner un autre modèle. Elle a perdu la bataille des idées face aux tenants d'une société généralisée de compétition.

Le terrain de bataille est donc avant tout celui de la culture commune ?
La victoire de Nicolas Sarkozy est d'abord celle d'un discours sur le culte de l'individu responsable et méritant. D'où l'idée que les solutions aux problèmes qui se posent passent forcément par les efforts des individus. Si cette idée a gagné, c'est parce que nous sommes engagés depuis trente ans dans des transformations de la société qui valident ce discours autoréalisateur.
Or cette culture est fausse. Si l'individu est en état de guerre permanente, de combat sans fin, cela ne reste supportable qu'à partir du moment où il s'identifie à un système. Pour préserver sa tranquillité, l'individu est amené à se dire que c'est bien, que ce système est le bon. Une grande partie des ouvriers partagent par exemple l'idée que les exclus sont responsables de leur situation parce que dans la culture populaire, l'estime de soi, l'idée que chacun est l'entrepreneur de sa propre vie est prégnante.

Votre constat est inquiétant. Personne n'aura donc rien vu venir ?
On n'a pas vu venir ce que j'ai décrit : culture de l'individu, du guerrier, disparition de l'idée de cohésion sociale, de solidarité. La gauche pragmatique a tenu un discours d'ingénieur, d'adaptation à la nouvelle donne mondiale, au discours néolibéral.
La droite a été plus intelligente. En trente ans de mondialisation, le poids de l'Etat a augmenté, mais cela a été pour privatiser l'usage de la puissance publique et mener une bataille culturelle contre le vieux modèle social de l'Europe. L'attaque n'a pas été menée de front. On a préparé les esprits en disant le plus grand mal de l'impôt, de la Sécurité sociale, du service public. On a engendré de nouvelles générations privées des repères de l'histoire. C'est un phénomène, un mouvement long qui dépasse tout le monde.

Les citoyens non plus n'ont rien vu ?
L'immense majorité des citoyens n'a pas le choix, acculée par la peur de perdre son emploi, de ne pas être à la hauteur et la saturation totale de temps disponible pour réfléchir. Les individus ont l'impression de disposer de temps pour souffler, s'évader, se cultiver, mais c'est du temps saturé.

Les citoyens ne sont pas tous désespérés ?
L'immense majorité ne sombre pas dans la dépression. Il existe des espaces d'humanité. La famille, les copains, l'entreprise, permettent de rester globalement lucides. L'action collective reste accessible. Mais il y a en France un suicide par jour ouvré. Nous avons accepté que les liens sociaux se délitent. L'obsession de la rentabilité financière immédiate est devenue le seul critère d'évaluation des performances des individus.
Les gens ne sont plus jugés sur la qualité de leur travail, leur vision à long terme. Certains sont même contraints de gérer la souffrance des autres au nom d'un intérêt qui n'a aucune légitimité, le profit des gens les plus riches.

Comment sortir de cette situation ?
J'en appelle à la néomodernité, à l'émancipation de la personne, qui repose sur une conception plus juste du vivre-ensemble Il faut repenser nos valeurs sur le mode du lien social. Il suffirait qu'un nouveau discours existe. C'est la seule option pour la gauche. Ou elle valide le discours de droite, mais celle-ci occupe déjà l'espace. Ou elle remet en cause la culture productiviste qui la gangrène.
On aboutit aujourd'hui à un cycle de culture de l'individu qui mène à la catastrophe. Il faudra peut-être attendre que la société ait atteint un niveau de violence insupportable pour commencer à remettre en cause le système. Et peut-être tolérer une période d'enfoncement, avant un choc, une crise.
Si la société évolue à l'américaine, il sera ensuite nécessaire d'aller très loin pour que renaisse le désir d'une autre société, meilleure, où l'idée d'être un individu libre, indépendant, autonome, ne se fasse pas contre autrui, mais en solidarité avec les autres. Nous n'avons pas d'autre choix que de renouer avec le progrès humain. Et il suffirait de pas grand-chose.
Jacques Généreux, « La Dissociété », éditions du Seuil, 450 pages, 22 euros.

« La gauche pragmatique a tenu un discours d'ingénieur, d'adaptation à la nouvelle donne mondiale, au discours néolibéral »

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